L'homme qui plantait des arbres
Charles-Antoine Carra, CPA, CMA

L'homme qui plantait des arbres

Tel qu’indiqué dans le blogue de la semaine dernière, je vous exposerai par des dossiers divers pendant les prochaines semaines, le travail d’un courtier d’assurance indépendant des compagnies lors d’une réclamation. Évidemment, les noms des clients et des compagnies seront soustraits des dossiers.

L’assuré, un octogénaire client du bureau depuis plus de 30 ans, contacte son courtier un matin dans un énervement qui ne lui est pas coutume. Un homme a perdu le contrôle de son véhicule et est allé heurter un arbre sur le terrain de notre assuré. La pelouse, le système d’irrigation et l’arbre sont endommagés.

La plupart des gens ne s’en feraient pas. Ils replaceraient la tourbe et ramasseraient les branches cassées. Mais le client ne l’entendait pas ainsi, et pour cause. Chez lui, tout est symétrique dans cette maison qu’il a construite de ses mains il y a plusieurs années. Sur son terrain, impeccablement tenu, se dressent deux arbres identiques, plantés le même jour, de ses mains toujours. Ses deux arbres, dont il s’occupait jalousement, avaient poussé durant une vingtaine d’années de façon étonnement symétrique. L’arbre endommagé voulait donc dire beaucoup plus pour notre assuré que pour, disons, le voisin.

Les contrats d’assurance habitation sont tous faits dans le même moule. Il y a le bâtiment, les dépendances, les meubles et les frais de subsistance (frais supplémentaires en cas de sinistre). Or, le gazon et les arbres ne peuvent entrer dans ces catégories. Les contrats comprennent donc des garanties complémentaires qui couvrent par exemple les arbres et arbustes. Notre assuré est chanceux, son contrat couvre jusqu’à 1000$ par article, l’un des contrats les plus généreux sur le marché.

Le règlement se fait rapidement. 500$ pour les dommages esthétiques à l’arbre, qui n’est pas mort et seulement endommagé, 200$ pour la pelouse et 250$ pour le système d’irrigation. Lors d’un suivi de satisfaction de la part de notre service des réclamations, le règlement ne fait pas l’affaire de notre assuré. Il craint pour le décès de son arbre, craignant que ce dernier ne se remette jamais de ce choc de véhicule. Il veut le plein montant par arbre : 1000$.

Quoique notre assuré présente une crainte peut-être plus prononcée qu’elle ne devrait l’être réellement, ce dernier fait une demande à son courtier : « S’ils ne veulent pas me donner 1000$, qu’ils s’entendent pour me le donner s’il meurt. Qu’ils me certifient qu’il va vivre. » Le client tient quelque chose. Or, une fois la perte réglée sur des items précis, elle ne peut être révisée plus tard.

Le courtier et l’expert en sinistre de Lareau exposent donc le problème à l’assureur qui demeure catégorique et qui ne veut rien entendre : l’arbre ne mourra pas et les dommages ne sont qu’esthétiques. Le courtier et l’expert exposent donc les faits :

  1. L’expert en sinistre de l’assureur n’est pas un arboriculteur. En faire venir un coûterait plus cher que de payer la demande de l’assuré.
  2. Advenant que l’arbre meurt, le client n’aura accepté que 500$ alors qu’il aurait dû avoir 1000$.
  3. Même si c’est hors mandat pour l’expert de l’assureur, qu’il certifie que l’arbre va vivre s’il est certain qu’il va vivre. S’il ne veut pas ou ne peut pas le faire, c’est qu’il subsiste un doute. S’il y a un doute, qu’il règle l’assuré au maximum : 1000$.

Après quelques échanges, le courtier gagne son point. L’assuré, qui aurait préféré que la situation ne se produise jamais, est satisfait. Ce n’est peut-être que 500$ de plus dans les poches de l’assuré, mais c’est une question de principe. Un principe simple, que le courtier tenait mordicus à faire appliquer et qui ne l’aurait pas été s’il n’avait pas été vigilant. Soyez bien défendu. Connaissez votre courtier avant, pendant, après.

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Charles-Antoine Carra, CPA, CMA Directeur du service aux particuliers Voir le profil

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