Michael Di Marco, B.Comm., PAA Nicholas Brisson, B.A.A., PAA, CRM

Nouveaux tarifs douaniers américains : quelles industries seront les plus touchées?

Les nouveaux tarifs douaniers américains en vigueur suscitent de nombreuses préoccupations chez les entreprises canadiennes. Même s’ils visent d’abord les échanges commerciaux, leurs répercussions pourraient rapidement aller bien au-delà des droits de douane.

Hausse des coûts, pression sur les marges bénéficiaires, perturbation des chaînes d’approvisionnement, incertitude dans les investissements et ralentissement de certaines activités : de nombreuses entreprises devront évaluer les conséquences possibles sur leurs opérations.

Les entreprises qui n’exportent pas directement vers les États-Unis ne sont pas non plus à l’abri des conséquences de ces nouveaux tarifs douaniers. Une entreprise peut aussi subir des impacts indirects si ses fournisseurs, ses distributeurs, ses clients ou ses partenaires d’affaires sont exposés au marché américain.

Ce qui change avec les nouveaux tarifs américains 

Les nouveaux tarifs annoncés par les États-Unis visent plusieurs catégories de produits canadiens, notamment : 

  • les produits laitiers; 
  • les boissons alcoolisées; 
  • l’électronique; 
  • les matériaux de construction; 
  • les vêtements; 
  • certains produits agricoles; 
  • divers biens manufacturés. 

Certaines mesures demeurent aussi en vigueur sur des matériaux clés comme l’acier et l’aluminium. Pour les entreprises, cela signifie qu’il faut regarder l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. 

Une organisation qui importe des composantes, achète des matériaux liés au marché américain ou dépend d’un fournisseur exposé aux tarifs pourrait voir ses coûts augmenter, même si elle ne fait pas elle-même d’exportation. 

Le secteur manufacturier 

Le secteur manufacturier figure parmi les industries les plus exposées aux nouveaux tarifs douaniers américains.  

Plusieurs entreprises manufacturières canadiennes exportent des produits transformés vers les États-Unis ou utilisent des composantes provenant du marché américain. Une hausse tarifaire peut donc avoir une incidence directe sur les coûts de production, les prix de vente, la compétitivité et les décisions d’investissement.  

Pour certaines entreprises, la situation pourrait aussi mener à une révision des fournisseurs, à une diversification des marchés ou à une réévaluation des contrats en place. Plus la dépendance au marché américain est grande, plus les impacts potentiels peuvent être importants.  

Dans un contexte aussi incertain, il devient également important de bien évaluer les risques auxquels l’entreprise est exposée et de s’assurer que sa protection d’assurance demeure adaptée à sa réalité. 

La construction 

La construction est un autre secteur particulièrement sensible aux fluctuations du coût des matériaux.

L’acier, l’aluminium et certaines composantes spécialisées jouent un rôle important dans de nombreux projets. Si ces matériaux deviennent plus coûteux ou plus difficiles à obtenir, les effets peuvent se faire sentir rapidement sur les chantiers.

Les entreprises du secteur pourraient devoir composer avec une hausse du coût des projets, des ajustements budgétaires, des délais d’approvisionnement ou une pression accrue sur leur rentabilité. Notamment, un entrepreneur qui a déjà signé un contrat à prix fixe pourrait devoir absorber une hausse imprévue du coût des matériaux si les prix augmentent avant la réalisation du projet. Cette situation peut réduire considérablement la marge bénéficiaire prévue et compliquer la gestion financière du chantier.

Dans certains cas, ces changements peuvent également avoir une incidence sur les besoins en cautionnement, particulièrement lorsque la hausse des coûts des matériaux exerce une pression sur la rentabilité ou la capacité financière d’une entreprise à respecter ses engagements contractuels.

L’agriculture et l’agroalimentaire

Les produits agricoles, les produits laitiers et certaines catégories alimentaires sont mentionnés parmi les produits touchés. Pour les entreprises qui exportent vers les États-Unis, ces mesures peuvent créer une pression supplémentaire sur les prix et réduire certains débouchés commerciaux. 

Les entreprises agricoles et agroalimentaires pourraient aussi devoir revoir leur planification à long terme, explorer de nouveaux marchés ou ajuster leur stratégie de production. Dans un contexte où les coûts d’exploitation sont déjà élevés, toute nouvelle pression commerciale peut avoir un impact significatif. 

Le transport et la logistique 

Quand les échanges commerciaux se complexifient, le transport et la logistique sont souvent touchés rapidement. 

Les entreprises de transport peuvent devoir s’adapter à des changements de volumes, à de nouveaux itinéraires, à des délais supplémentaires ou à une demande plus instable. Pour celles qui dépendent fortement du commerce transfrontalier, la capacité d’adaptation devient essentielle. 

Les perturbations peuvent aussi avoir des effets en cascade. Un retard chez un fournisseur peut entraîner des délais de livraison, une hausse des coûts d’entreposage ou une réorganisation complète de certaines routes logistiques. 

Les distributeurs et les grossistes 

Les distributeurs et les grossistes occupent une position centrale dans la chaîne d’approvisionnement. Lorsqu’un produit devient plus coûteux à importer ou à exporter, ces entreprises peuvent ressentir les effets très rapidement. 

Une hausse des coûts peut influencer les prix d’achat, la gestion des inventaires, les contrats avec les fournisseurs et les marges bénéficiaires. Même lorsqu’une entreprise n’est pas directement visée par un tarif, elle peut en subir les conséquences si ses partenaires d’affaires sont touchés. 

Dans ce contexte, les distributeurs et les grossistes devront porter une attention particulière à leurs volumes, à leurs coûts d’entreposage et à leur capacité de transférer ou non les hausses de prix à leur clientèle. 

Le commerce de détail 

Pour les détaillants, le principal défi sera de maintenir un équilibre entre la hausse des coûts et la sensibilité de la clientèle aux prix. Absorber les hausses peut réduire les marges, mais les transférer entièrement aux consommateurs et consommatrices peut nuire à la compétitivité.

Les entreprises de détail devront donc surveiller leurs inventaires, leurs fournisseurs et leurs prix de vente afin de conserver une stratégie viable dans un marché plus instable.

Quels sont les principaux risques pour les entreprises? 


Au-delà des tarifs eux-mêmes, les entreprises doivent surtout surveiller les effets indirects sur leurs opérations. 
 

La hausse des coûts d’approvisionnement est souvent l’impact le plus immédiat. Une augmentation du coût des matières premières, des composantes ou des produits finis peut rapidement réduire les marges bénéficiaires.  
 
Les chaînes d’approvisionnement peuvent également devenir plus vulnérables. Certaines entreprises pourraient devoir trouver de nouveaux fournisseurs, revoir leurs délais de livraison ou ajuster leurs contrats, tandis que d’autres pourraient reporter des projets de croissance ou des investissements en raison de l’incertitude économique.  

Comment les entreprises peuvent-elles se préparer?
 

Même si on ne peut pas contrôler l’évolution des politiques commerciales, on peut prendre certaines mesures pour mieux protéger son entreprise.

La première étape consiste à analyser les dépendances envers le marché américain. On devrait identifier les produits, matériaux, fournisseurs, clients ou contrats qui pourraient être touchés directement ou indirectement par les tarifs.

Les entreprises gagnent également à mettre à jour leur analyse de risques. Une hausse des coûts, un changement de fournisseur, une augmentation des stocks ou une modification des routes de transport peuvent transformer le profil de risque d’une organisation. La hausse du coût des matières premières, des marchandises, de l’équipement, des outils ou des bâtiments peut notamment avoir une incidence sur les coûts de remplacement en cas de sinistre. Il peut donc être pertinent de réévaluer les valeurs assurées afin d’éviter un risque de sous-assurance. De la même façon, il peut être pertinent de réévaluer certaines protections, notamment celles liées aux pertes de revenus, afin de s’assurer que les limites d’assurance et les périodes d’indemnisation demeurent adaptées à la réalité actuelle de l’entreprise.

L’ajout de nouveaux fournisseurs ou de nouveaux clients stratégiques peut également modifier l’exposition aux pertes de revenus contingentes advenant un sinistre chez l’un de ces partenaires d’affaires. Dans un contexte où plusieurs entreprises pourraient revoir leur chaîne d’approvisionnement ou développer de nouvelles relations commerciales, cet aspect mérite une attention particulière.

Une entreprise qui développe de nouveaux marchés, crée une nouvelle filiale ou modifie sa structure d’affaires afin de s’adapter à l’évolution du contexte économique devrait également s’assurer que sa couverture d’assurance continue de refléter sa réalité. Par exemple, l’étendue territoriale des polices pourrait devoir être revue si l’entreprise vend désormais dans des marchés qui n’étaient pas visés auparavant. De la même façon, la création de nouvelles entités légales ou de filiales peut nécessiter des ajustements afin que celles-ci soient adéquatement prises en compte dans le programme d’assurance.

Dans un contexte d’incertitude économique, mieux comprendre ses vulnérabilités permet de prendre des décisions plus éclairées et de protéger la continuité de ses activités. Les nombreuses décisions stratégiques que les dirigeant.e.s peuvent être appelés à prendre au cours des prochains mois rappellent également l’importance d’évaluer les risques auxquels l’entreprise et sa direction sont exposées, notamment en ce qui concerne la responsabilité des administrateurs.trices et dirigeant.e.s. Si votre entreprise est touchée par ces changements ou pourrait l’être au cours des prochains mois, communiquez avec votre courtier.ère afin de discuter de votre situation et de vérifier si votre couverture demeure bien adaptée à votre réalité. 

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Michael Di Marco, B.Comm., PAA Directeur principal du service aux entreprises et Associé - Région de Montréal
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